Les études évaluant l'impact de l'allaitement sur le cancer du sein ne donnent pas toutes des résultats concordants. Il est possible que la méthodologie utilisée pour le recueil des données joue un rôle en la matière. Les auteurs ont cherché à mieux cerner les relations entre allaitement et cancer du sein.
Un total de 24.769 femmes âgées de 40 à 64 ans, vivant dans la préfecture de Miyagi (Japon) ont répondu à un questionnaire portant sur les facteurs de risque de cancer du sein. 22.085 questionnaires étaient totalement exploitables, et ont été analysés. Les auteurs ont aussi analysé les facteurs corrélés à l'allaitement exclusif.
Un âge plus élevé au moment des premières règles (plus de 16 ans) et un index de masse corporelle plus élevé à 20 ans étaient corrélés à une plus grande prévalence d'allaitement exclusif long. Un âge plus élevé à la naissance du premier enfant, l'existence d'un cancer du sein chez la mère de la femme interrogées et un niveau d'éducation universitaire et plus étaient corrélés à une prévalence plus basse d'allaitement exclusif long.
A partir de l'analyse des données, les auteurs ont constaté que l'allaitement avait un impact sur divers facteurs de risque pour le cancer du sein. A partir de leur analyse, les auteurs proposent des modèles pour faciliter l'étude des facteurs de risque et de leur impact spécifique sur le cancer du sein. Ils estiment que l'allaitement devrait être pris en compte dans les études effectuées sur les facteurs de risque de cancer du sein, et pensent que leurs modèles peuvent aider à mieux cerner l'impact spécifique de l'allaitement.
Lactation et risque de cancer du sein
Lactation and the risk of breast cancer.
Lactation and the risk of breast cancer.
H Purwanto, T Sadjimin, I Dwiprahasto. Gan To Kagaku Ryoho 2000 ; 27 (suppl 2) : 474-81.
Des études ont constaté que l'allaitement avait un impact sur le risque de cancer du sein plus tard dans la vie. Mais cet impact de l'allaitement reste très controversé. Le but de cette étude était d'évaluer les corrélations entre l'allaitement et le risque de cancer du sein.
Ils ont enrôlé 219 femmes cas, suivies dans plusieurs services de Surabaya (Indonésie), et les ont comparées à 203 femmes témoin présentant des caractéristiques similaires pour ce qui était de l'âge au moment de l'étude, de l'âge au moment des premières règles, du déroulement du cycle menstruel et du nombre de grossesses. Toutefois, une analyse plus détaillée à partir de l'âge au moment des premières règles a montré que les femmes du groupe cas étaient plus nombreuses à avoir eu leurs premières règles avant 13 ans. Les autres facteurs ayant un impact sur le risque de cancer du sein étaient l'âge au moment de la premières grossesse, l'existence d'antécédents familiaux de cancer du sein, et l'âge de survenue de la ménopause. Les femmes qui avaient allaité pendant au moins 4 mois avaient un risque de cancer du sein plus bas (rapport de risque : 0,57).
Cancer du sein et allaitement
Breast cancer in Mexican women : an epidemiological study with cervical cancer control. V Tovar-Guzman, C Hernandez-Giron, E Lazcano-Ponce, I Romieu, M Hernandez-Avila. Rev Saude Publica 2000 ; 34(2) : 113-19.
Au Mexique, le cancer du sein est une des principales causes de décès chez les femmes ; sa prévalence et son taux de mortalité ont augmenté ces dernières années. L'objectif de cette étude était d'identifier les facteurs de risque de cancer du sein.
Les auteurs ont enrôlé, à partir de la population suivie par les hôpitaux de Mexico, 353 femmes souffrant de cancer du sein et 630 femmes présentant un cancer du col de l'utérus. Toutes ces femmes avaient moins de 75 ans. Les données recueillies par interrogatoire de ces femmes ont été étudiées par analyse univariable, bivariable et multivariable. Les femmes ont aussi été réparties en sous-groupe en fonction de leur statut par rapport à la ménopause.
Les facteurs associés avec un risque plus élevé de cancer du sein étaient un niveau socio-économique plus élevé (RR : 2,77), un âge plus bas au moment des premières règles (RR : 1,32), un âge plus élevé au moment de la première grossesse (RR : 5,49 pour les femmes âgées de plus de 31 ans), et des antécédents familiaux de cancer du sein (RR : 4,76). L'allaitement abaissait ce risque (RR : 0,38 pour une durée totale d'allaitement supérieure à 25 mois).
Les auteurs concluent que le non-allaitement augmente significativement le risque de cancer du sein. Actuellement, la prévalence de l'allaitement est en baisse à Mexico, ainsi que sa durée. Cela risque d'avoir un impact à long terme sur la santé des femmes.
Allaitement et cancer du sein
History of breast-feeding in relation to breast cancer risk : a review of the epidemiologic literature. L Lipwoorth, LR Bailey, D Trichopoulos. J Natl Cancer Inst 2000 ; 92(4) : 302-312.
Les auteurs ont passé en revue toutes les études publiées sur le sujet dans la littérature scientifique entre 1966 et 1998 afin d'en examiner la méthodologie et d'en compiler les résultats. Quasiment toutes ces études sont des études épidémiologiques cas-témoin, et la façon dont l'allaitement est défini est très variable suivant les auteurs.
Dans l'ensemble, lorsque aucune définition autre que « ayant allaité » n'est donnée concernant l'allaitement, les résultats sont peu concluants ; soit aucune corrélation n'est trouvée entre l'allaitement et le risque de cancer du sein, soit l'abaissement du risque de cancer du sein chez les femmes ayant allaité est faible. Lorsque la durée de l'allaitement est prise en compte, une relation inverse entre cette durée et le risque de cancer du sein est retrouvé par la plupart des études, mais pas par toutes ; un biais possible est la rareté de l'allaitement long dans de nombreux pays occidentaux. Il semble que cet impact protecteur de l'allaitement soit plus marqué avant la ménopause, bien que certaines études aient aussi retrouvé un impact après la ménopause. Certains auteurs ont soulevé l'hypothèse selon laquelle l'allaitement n'avait aucun impact favorable sur le risque de cancer du sein, mais qu'en revanche la prise de médicaments suppresseurs de la lactation pourrait avoir un impact défavorable ; cette hypothèse n'a toutefois pas été confirmée actuellement.
Les raisons biologiques de l'impact de l'allaitement sur le risque de cancer du sein restent inconnues, bien que diverses hypothèses aient été présentées : modifications hormonales spécifiques de l'allaitement, élimination de substances carcinogènes par le sein lactant, modifications physiques de la glande mammaire liées à l'allaitement, réduction du nombre de cycles ovariens.
L'allaitement semble donc bien avoir un impact sur le risque de cancer du sein. Toutefois, étant donné que la durée moyenne de l'allaitement dans les pays occidentaux est courte, cet impact reste peu significatif.
Risque de cancer du sein et facteurs de risque in utero et en post-partum précoce
In-utero and early life exposures in relation to risk of breast cancer. N Potischman, R Troisi. Cancer Causes Control 1999 ; 10(6) : 561-73.
Une étude avait suggéré que le risque de cancer du sein à l'âge adulte pourrait être corrélé au degré d'exposition aux ostrogènes in utero et en post-partum. Le but de cet article était de mieux tester la validité de cette hypothèse, et de faire des recommandations pour les recherches à venir.
Pour ce faire, les auteurs ont passé en revue tout ce qui avait été publié dans la littérature médicale sur le cancer du sein à l'âge adulte et ce type de facteurs de risque. Les études ont été analysées en fonction des données étudiées.
Il semble exister une importante corrélation positive entre le fait d'être née après une grossesse gémellaire et le risque de développer plus tard un cancer du sein. En revanche, il semble que ce risque soit abaissé en cas de grossesse avec éclampsie ou risque d'éclampsie. Le risque de cancer était multiplié par 1,5 à 1,7 lorsque le poids de naissance était supérieur à 4 kg par rapport à un poids de naissance compris entre 2,5 et 3 kg. Les femmes qui avaient été allaitées avaient un risque de cancer du sein en préménopause plus bas de 20 à 35% que celles qui avaient été nourries au lait industriel. Les résultats étaient peu significatifs pour ce qui concernait l'âge de la mère au moment de la grossesse, le tabagisme maternel pendant la grossesse, la durée de l'accouchement, et la durée de la grossesse.
Ces résultats semblent montrer qu'il existe effectivement une corrélation entre l'exposition au ostrogènes pendant la gestation et en post-partum. Toutefois, le mécanisme biologique de cette corrélation reste inconnu. Nous avons besoin d'études beaucoup plus poussées sur le sujet.
Lactation et cancer du sein en post-ménopause
Lactation in relation to postmenopausal breast cancer. PA Newcomb, KM Egan, L Titus-Ernstoff et al. Am J Epidemiol 1999 ; 150(2) : 174-82.
Des études portant sur les facteurs de risque du cancer du sein ont retrouvé une augmentation du risque de ce type de cancer en préménopause chez les femmes qui n'avaient pas allaité. Toutefois, les études évaluant l'impact du non-allaitement sont difficile à faire dans les pays occidentaux, en raison de la prévalence souvent relativement basse de l'allaitement et de sa durée limitée. Les auteurs ont mené cette grande étude cas-témoin afin d'étudier les relations entre la lactation et le cancer du sein après la ménopause.
Les cas éligibles étaient toutes les femmes ménopausées âgées de 50 à 79 ans, souffrant d'un cancer du sein à n'importe quel stade, et résidant dans le Wisconsin, le Massachusetts et le New Hampshire (USA). 5685 femmes ont accepté de participer. Les femmes témoins ont été tirées au sort (listes de permis de conduire ou dossiers d'assurance maladie) pour constituer un échantillon présentant des caractéristiques similaires. 5951 témoins ont été recrutées. Toutes ces femmes ont répondu à un questionnaire par téléphone portant sur les divers facteurs de risque de cancer du sein.
Les facteurs de risque de cancer du sein étaient l'existence d'antécédents de cancer du sein chez un membre au premier degré de la famille (mère, sour, fille), un âge plus élevé au moment de la première grossesse, un nombre plus bas de grossesse, un âge plus élevé à la ménopause, un index de masse corporelle plus élevé, et un niveau d'éducation légèrement plus élevé. Ces variables ont donc été utilisées pour analyser les corrélations entre le non-allaitement et le risque de cancer du sein. Ce risque n'était pas affecté par l'âge de la femme, ou le temps écoulé depuis la ménopause.
47% des femmes cas avaient allaité au moins 2 semaines, contre 48% des femmes témoin. Après ajustement pour les autres variables, le rapport de risque de présenter un cancer du sein après la ménopause était de 0,87 lorsque la femme avait allaité pendant au moins 2 semaines. Ce rapport de risque était de 0,73 chez les femmes qui avaient allaité pendant 2 ans et plus, ce qui donne à croire que le risque de cancer du sein est inversement corrélé à la durée totale d'allaitement.
L'âge au moment du premier allaitement était significativement corrélé au risque de cancer du sein. Toutefois, l'âge de la mère au moment de la première grossesse étant, lui aussi, corrélé à ce risque, il était difficile de différencier l'effet de la grossesse et celui de l'allaitement. Il semblait toutefois que les femmes qui étaient âgées de plus de 30 ans au moment de leur première grossesse bénéficiaient d'une protection vis-à-vis du cancer du sein en post-ménopause légèrement plus importante que les femmes ayant eu une première grossesse plus précoce. Le nombre d'enfants allaités semblait ne pas avoir d'impact sur ce risque après ajustement pour la durée totale d'allaitement, ainsi que l'utilisation de médicaments suppresseurs de la lactation.
Il semble donc que le non-allaitement augmente légèrement le risque de cancer du sein après la ménopause. Il semble aussi que l'impact d'une longue durée totale d'allaitement persiste après la ménopause. Les auteurs concluent que le non-allaitement pourrait augmenter le risque de cancer du sein indépendamment du nombre de grossesse, y compris chez les femmes ménopausées.
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