Introduction
C'est en 1833 que BECK a publié le premier cas de goitre
cancéreux. Un siècle plus tard KOCHER codifie la
chirurgie thyroïdienne.
La prise en charge des cancers thyroïdiens doit être
multidisciplinaire compte-tenu des implications chirurgicale,
endocrinienne, isotopique et histologique.
Nous développerons tout d'abord la classification
histologique dont découle l'attitude diagnostique et
thérapeutique.
I. Classification histologique
Nous allons nous intéresser uniquement aux tumeurs
épithéliales malignes, les autres tumeurs de la
thyroïde étant particulièrement rares. On
distinguera 4 groupes histologiques principaux : les papillaires,
les vésiculaires, les médullaires et les
anaplasiques. Les cancers papillaires et vésiculaires
sécrètent de la Thyroglobuline. Les cancers
médullaires de la Thyrocalcitonine.
A- LES CARCINOMES PAPILLAIRES
Ce sont les tumeurs les plus fréquentes. Elles
représentent 60 % des cancers thyroïdiens. Il s'agit
d'un réseau de petites papilles recouvertes par une seule
rangée de cellules cylindriques.
Ces cancers apparaissent essentiellement chez les sujets jeunes
et ils sont volontiers multifocaux, non encapsulés. Leur
diffusion est essentiellement lymphatique régionale sous
forme de métastases ganglionnaires, cervicales et
sus-claviculaires. Les métastases à distance sont
relativement rares.
On classe également dans les cancers papillaires, ceux
qui associent à la fois des éléments
papillaires et vésiculaires même si la forme
papillaire est minoritaire. Ces formes mixtes sont en fait de
même pronostic que les cancers papillaires purs.
B- LES CANCERS VÉSICULAIRES
Ils sont bien différenciés ou peu
différenciés (trabéculaires). Ils
représentent 30 % des cancers thyroïdiens et ils sont
surtout fréquents autour de la quarantaine. Dans les formes
très différenciées, l'architecture de la
tumeur se distingue peu du tissu thyro&# 239;dien normal. Ces
tumeurs sont encapsulées, elles donnent peu de
métastases locales ganglionnaires mais ont une diffusion
par voie sanguine entraînant des localisations
essentiellement osseuses et pulmonaires.
Dans les formes bien différenciées, le diagnostic
de malignité n'est pas facile et s'appuie sur l'invasion
vasculaire ou la rupture capsulaire. On classe parmi les cancers
vésiculaires les tumeurs à cellules oxyphiles ou
cellules de Hurthle.
C- LES CARCINOMES INDIFFÉRENCIÉS OU
ANAPLASIQUES
Ce sont des tumeurs rares (moins de 5 %). Ils sont
subdivisés en cancers à cellules fusiformes,
à cellules géantes ou à petites cellules.
Certains considèrent ces tumeurs comme étant
l'évolution naturelle des cancers
différenciés. Il s'agit de tumeurs
d'évolution particulièrement rapide, aussi bien
locale que régionale, ganglionnaire ou métastatique.
Les études utilisant l'immunohistochimie ont montré
que beaucoup de cancers à petites cellules correspondaient
en fait à des lymphomes ou plus rarement à des
cancers médullaires, peu différenciés.
D- LES CANCERS MÉDULLAIRES
Il s'agit d'une entité qui a été
décrite pour la première fois en 1959. Elle a
été reconnue comme correspondant à une tumeur
des cellules C ou parafolliculaires issues de la crête
neurale en 1966. La fréquence est de l'ordre de 5 à
7 % mais les méthodes immunohistochimiques et le dosage des
marqueurs tumoraux (ACE et Thyrocalcitonine) vont sûrement
augmenter le nombre de cancers médullaires
détectés. La plupart de ces tumeurs contiennent de
la substance amyloïde. Elles ne sont pas concernées
par le métabolisme de l'iode. Il existe des formes
sporadiques et des formes familiales sur lesquelles nous
reviendrons. L'évolution se fait à la fois sur le
plan loco-régional et métastatique à
distance.
II. Épidémiologie
Le cancer de la thyroïde est plus fréquent chez la
femme que chez l'homme. En effet le sex ratio est de 1/2,5. Il
s'agit d'un cancer qui apparaît le plus souvent après
40 ans. On peut estimer que 4 % des cancers de la thyroïde
surviennent avant 20 ans, 20 % entre 21 et 40 ans, 35 % entre 41
et 60 ans et 41 % après 60 ans.
L'incidence de ce cancer est très difficile à
estimer et dépend du critère utilisé. Si l'on
s'intéresse aux autopsies, on l'observe sur 6 à 20 %
des pièces. Cela est très différent de
l'incidence clinique qui est de 2 à 10 cas pour 100 000
habitants par an. On voit donc qu'il y a une nette
différence entre les incidences autopsique et clinique, ce
qui pose le problème de l'évolution naturelle de ces
cancers.
III. Étiologie
Pour les cancers papillaires et vésiculaires, aucune
étiologie n'est retrouvée dans plus de 95 % des
cas.
La TSH favorise l'apparition des cancers de la thyroïde.
Ceci est confirmé par l'observation du développement
de cette tumeur chez des patients porteurs de goitre
endémique par carence iodée. Il s'agit le plus
souvent, dans cette situation, de cancers vésiculaires. A
l'inverse, la surcharge iodée peut augmenter la
fréquence des cancers papillaires.
Le facteur étiologique le moins contesté est
l'irradiation de la thyroïde. En effet, l'irradiation de la
région cervicale favorise l'apparition des cancers
thyroïdiens. La latence est variable, elle est en moyenne de
15 à 20 ans mais parfois les cancers peuvent
apparaître de façon plus précoce. C'est le cas
des cancers de la thyroïde survenus en Ukraine et
Biélorussie après l'accident de Tchernobyl. La
probabilité d'apparition de ces cancers dépend de la
dose d'irradiation. Les doses modérées augmentent le
risque. Par contre, à dose élevée
l'irradiation entraîne une destruction thyroïdienne,
ceci est confirmé par l'absence de
dégénérescence des goitres
hyperthyroïdiens traités par l'iode radioactif. Les
cancers radio-induits sont en général
différenciés et de type papillaire. Il faut noter
une plus grande sensibilité de la thyroïde à
l'irradiation chez l'enfant.
Les autres facteurs étiologiques sont plus rares. Il
faut citer la thyroïdite d'Hashimoto qui semble être un
facteur favorisant l'apparition des lymphomes thyroïdiens.
Enfin, 20 % des cancers médullaires de la thyroïde
sont d'origine familiale. Ils se transmettent sous la forme
autosomique dominante et rentrent le plus souvent dans le cadre
des néoplasies endocriniennes multiples (NEM) de type 2A
associant au cancer un phéochromocytome et ou une
hyperparathyroïdie et de type 2B plus polymorphe. On peut, en
effet, observer soit un pseudo-syndrome de Hirschsprung lié
à une hyperplasie non fonctionnelle des plexus nerveux
coliques, soit un syndrome de Gorlin avec un
phéochromocytome, un dysmorphisme de type marfanoïde
avec anomalies du squelette, atteinte neuro-musculaire et
anomalies des fibres nerveuses. Le gêne de ces formes
familiales a été localisé et se trouve dans
la région centromérique du chromosome 10.
IV. Clinique
La forme clinique la plus fréquente du cancer de la
thyroïde est le nodule thyroïdien isolé. Il
s'agit d'une tuméfaction cervicale, antérieure,
médiane ou paramédiane dont l'ascension à la
déglutition affirme l'appartenance à la glande
thyroïde. La consistance de ce nodule est variable et apporte
peu d'arguments en faveur de la malignité. Le nodule est en
général ferme, parfois dur. Il conviendra
d'apprécier sa mobilité par rapport aux plans
superficiel et profond et sa taille. Il faudra vérifier son
caractère unique. Rarement à ce stade, il s'y
associe une symptomatologie fonctionnelle à type de
dysphonie par paralysie récurrentielle. La dysphagie et la
dyspnée sont encore plus rares.
On réalisera un examen soigneux des aires ganglionnaires
cervicales, spinales, jugulo-carotidiennes et sus-claviculaires
à la recherche d'adénopathies dont la
présence évoquera la malignité.
Le caractère évolutif du nodule sera
apprécié sur sa modification de taille et de
consistance, ce qui est un argument en faveur de la
malignité.
Il est plus rare que le cancer thyroïdien se
présente d'emblée sous la forme d'un goitre. Dans ce
cas, il s'agit d'un goitre relativement volumineux, de consistance
dure et pierreuse, fixé, peu mobile par rapport aux plans
superficiel et profond. Il peut s'accompagner de signes
compressifs avec dysphonie et dyspnée.
Parfois, c'est la découverte d'une adénopathie
cervicale isolée qui fait évoquer le diagnostic de
cancer. Cette situation n'est pas exceptionnelle. La palpation de
la loge thyroïdienne peut mettre en évidence un nodule
passé inaperçu mais plus souvent le diagnostic ne
sera confirmé que par l'examen anatomopathologique de
l'adénopathie.
Enfin, des métastases isolées peuvent faire
découvrir un cancer de la thyroïde. Il peut s'agir de
métastases pulmonaires qui peuvent se présenter sous
forme macronodulaire mais également sous forme
microréticulonodulaire. Il peut s'agir de métastases
pulmonaires qui se présentent sous forme macronodulaire ou
sous forme microréticulonodulaire. Il est donc
indispensable, devant la découverte d'une métastase
pulmonaire ou osseuse d'examiner la région cervicale afin
de rechercher un nodule thyroïdien. Il faut également
penser d'emblée à la thyroïde, de façon
à réaliser, si nécessaire, une scintigraphie
avant tout autre examen comportant l'injection de produit de
contraste qui entraînerait une saturation iodée et
donc une scintigraphie blanche et ininterprétable. Plus
rarement, la maladie est découverte devant des signes
neurologiques qui permettront de mettre en évidence une
métastase cérébrale.
V. Paraclinique
L'examen le plus classique pratiqué à la
recherche d'un cancer thyroïdien est la scintigraphie.
Celle-ci peut être réalisée au Technetium 99m
ou à l'Iode 123. Elle devra toujours être
confrontée à la palpation clinique pour
connaître le caractère plus ou moins fixant du nodule
palpable Si le nodule est hyperfixant avec extinction on non du
reste du parenchyme thyroïdien, la probabilité de
cancer est très faible. Par contre, si le nodule est froid
ou isofixant, il devra être considéré comme
suspect jusqu'à preuve du contraire. La sensibilité
de la scintigraphie est de 76 %, sa spécificité de
29 %. Certains préconisent la réalisation d'une
scintigraphie thyroïdienne au Thallium 201. La fixation au
niveau du nodule augmenterait la probabilité de cancer.
L'échographie est peu contributive. Elle permet
d'affirmer le caractère liquidien d'un nodule, ce qui, dans
la plupart des cas, permettra d'éliminer le cancer.
L'échogénicité du nodule a peu de valeur
d'orientation. Il semble cependant que les nodules
hypoéchogènes soient plus souvent cancéreux
que les nodules hyperéchogènes
L'examen paraclinique le plus important en présence d'un
nodule thyroïdien est la ponction cytologique
réalisée à l'aiguille fine par un cytologiste
expérimenté. Elle permettra parfois d'apporter un
argument décisif en faveur d'un épithélioma
papillaire, s'il existe des inclusions nucléaires. Par
contre, le diagnostic de cancer vésiculaire est plus
difficile. Il semble que l'immunomarquage à la
thyropéroxydase soit un élément important
dans la mesure où les cancers vésiculaires de la
thyroïde ont un immunomarquage à la
thyropéroxydase négatif alors que les
adénomes ont un immunomarquage positif. En ce qui concerne
les carcinomes anaplasiques la seule difficulté est, dans
certains cas, de les différencier des lymphomes malins. Les
marqueurs immunocytochimiques permettent d'éviter la
confusion. Les carcinomes médullaires seront
identifiés par l'aspect particulier de leurs grandes
cellules au noyau excentré, au cytoplasme ponctué de
granulations rares. Des nappes de substance amyloïde sont
souvent présentes. Dans les cas douteux, le marquage par un
anticorps anticalcitonine confirme le diagnostic. Il n'en demeure
pas moins que la cytologie est l'examen le plus performant. Sa
sensibilité est de 92 %, sa spécificité de 74
%.
Six pour cent environ des nodules thyroïdiens
isolés sont des cancers. A priori, compte-tenu du risque
chirurgical très faible et des séquelles
opératoires mineures, la chirurgie est le plus souvent
indiquée. La conduite à tenir devant un nodule
isolé sera donc de rechercher des arguments pour ne pas
opérer. Pour cela, on pourra doser la TSH. Une valeur basse
de la TSH permettra d'évoquer un nodule chaud qui sera
confirmé par la scintigraphie thyroïdienne. Dans le
cas contraire, le nodule doit être considéré
comme suspect. L'échographie peut alors être
réalisée. Elle permettra de préciser le
caractère hypo, iso ou hyperéchogène du
nodule mais c'est surtout la ponction cytologique qui apportera
une orientation soit en affaissant un kyste ou un
hématocèle, soit en révélant des
cellules suspectes qui conduiront, bien sûr à
l'intervention. On admet généralement qu'il faut
opérer avec examen histologique extemporané pour
affirmer ou infirmer la malignité, les nodules de plus de 3
cm, ou d'évolution rapide, ou hypofixants à la
scintigraphie, ou cytologiquement suspects, ou lorsqu'il existe
des antécédents d'irradiation. L'attitude peut
être la surveillance devant un petit nodule non
évolutif, cytologiquement négatif. Le traitement
hormonal freinateur n'a pas de valeur diagnostic.
VI. Traitement
A- MOYENS THÉRAPEUTIQUES
Le traitement des cancers de la thyroïde fait appel
à la chirurgie, la radiothérapie métabolique
ou externe, l'hormonothérapie et parfois la
chimiothérapie.
a) La chirurgie
L'étendue de la chirurgie du cancer de la thyroïde
est très controversée pour les tumeurs
limitées de type papillaire. Nous y reviendrons lors des
indications thérapeutiques.
La chirurgie minima comporte une lobectomie avec isthmectomie.
Dans le cas contraire, on réalisera une thyroïdectomie
totale. Il est possible de pratiquer une autotransplantation des
parathyroïdes en cas de dévascularisation. Sur le plan
ganglionnaire, le minimum comporte des prélèvements
des ganglions récurrentiels et sus-claviculaires internes
homolatéraux et peut aller jusqu'au curage ganglionnaire
récurrentiel et cervical conservateur de principe ou de
nécessité. Réalisée par un chirurgien
expérimenté, la thyroïdectomie entraîne
rarement des complications : il s'agit de l'hypoparathyroïdie
ou de la paralysie récurrentielle.
b) La radiothérapie externe
La radiothérapie haute énergie par voie externe
est rarement utilisée. Elle consiste à administrer,
en regard de la tumeur résiduelle ou du lit tumoral et des
aires ganglionnaires adjacentes une dose de l'ordre de 55 à
60 Grays en 6 à 7 semaines.
c) L'iode radioactif
L'iode 131 capté préférentiellement par la
thyroïde et les métastases des cancers
différenciés détruit sélectivement les
cellules thyroïdiennes par son rayonnement ß
(électrons) dont le trajet dans les tissus est très
court, ce qui permet une irradiation des lésions sans
atteinte de tissus avoisinants.
Le traitement par l'iode radioactif comporte plusieurs phases.
Après thyroïdectomie totale, dans un premier temps on
recherchera l'existence de tissus fonctionnels résiduels
dans la région cervicale : il s'agit soit de tissus
habituellement non fonctionnels et qui, sous l'effet de la
thyroïdectomie deviennent capables de fixer l'iode, en regard
de la région cervicale moyenne au niveau des résidus
embryonnaires, soit encore des tissus fonctionnels
résiduels, à la partie postérieure des lobes
thyroïdiens.
S'il persiste du tissu fonctionnel résiduel, une dose de
1,11 à 3,7 GBq (30 à 100 mCi) d'iode 131 est
administrée afin de le stériliser en
totalité. Lorsqu'il n'existe plus de tissu fonctionnel
thyroïdien, la recherche de métastases fixantes peut
se faire par une scintigraphie corps entier, 4 jours après
administration de 185 MBq d'iode 131 (5 mCi). Cette scintigraphie
est pratiquée après arrêt du traitement
hormonal, de façon à pouvoir mettre en
évidence plus facilement les foyers secondaires, qui
peuvent être ainsi activés par l'augmentation du taux
de TSH plasmatique. Si des métastases fixant l'iode sont
mises en évidence, on administre au patient une dose
massive d'iode (3,7 GBq, soit 100 mCi). On peut obtenir ainsi une
stérilisation complète et définitive de
certaines métastases ganglionnaires, osseuses ou
pulmonaires. 40 % environ des métastases des cancers
thyroïdiens fixent l'iode et peuvent donc être
traités par cette méthode.
La pratique des scintigraphies à l'iode 131 n'est pas
sans inconvénient pour le patient : arrêt
prolongé du traitement hormonal et irradiation non
négligeable. Aussi, lorsque la stérilisation
isotopique a été pratiquée et que le
contrôle ne montre plus de fixation d'iode 131, la
surveillance se fera par le dosage de la Thyroglobuline dont le
taux doit rester très bas. La scintigraphie, après
administration d'iode 131, n'est réalisée qu'en cas
d'élévation du taux de Thyroglobuline ou lorsqu'il
existe des signes cliniques d'appel.
d) Traitement hormonal
Après thyroïdectomie totale et stérilisation
de la thyroïde par l'iode 131, il est nécessaire de
mettre en oeuvre une hormonothérapie qui permettra, d'une
part, d'assurer un équilibre thyroïdien satisfaisant
sur le plan fonctionnel et, d'autre part, d'inhiber la
sécrétion de la TSH qui pourrait favoriser
l'apparition de localisations secondaires. L'hormone qui donne la
meilleure freination est la Thyroxine. C'est elle qui est
administrée lorsqu'il n'est plus prévu de
réaliser de scintigraphie corps entier à l'iode 131.
Dans le cas contraire, on préférera un traitement
par la Triidothyronine. L'équilibre hormonal doit
être vérifié sous traitement substitutif et
freinateur par le dosage des hormones thyroïdiennes et
surtout de la TSH. Il est souhaitable que le taux de TSH soit
effondré (TSH indétectable).
e) Chimiothérapie
La chimiothérapie est peu efficace (réponse
partielle dans 10 à 20 % des cas). L'effet est souvent de
courte durée. Le produit le plus utilisé est la
Doxorubicine, à la posologie de 60 mg/m2 de
surface corporelle toutes les 3 semaines. On y associe parfois les
sels de platines (Cisplatine ou Carboplatine) également
toutes les 3 semaines. Des traitements associant
radiothérapie et chimiothérapie pour les formes
localisées avancées inopérables ont
été proposés. Les indications
éventuelles de la chimiothérapie sont les
métastases rapidement évolutives des cancers
différenciés, les cancers médullaires
symptomatiques métastatiques et les cancers anaplasiques
évolués.
B- INDICATIONS
Le traitement le plus discuté est celui du carcinome
papillaire unilatéral du sujet jeune (avant 45 ans) sans
métastase à distance. Deux attitudes sont
proposées : soit la lobectomie-isthmectomie, soit la
thyroïdectomie totale.
En faveur de la thyroïdectomie totale deux arguments sont
avancés : d'une part, le caractère volontiers
multifocal du cancer papillaire et la fréquence des
atteintes histologiques contro-latérales (mais celles-ci
restent en général quiescentes comme l'atteste la
rareté des récidives locales), d'autre part, la
possibilité d'une surveillance aisée par le dosage
de la thyroglobuline et d'un traitement des métastases par
l'iode radioactif.
A l'inverse la lobo-isthmectomie évite les complications
rares d'hypoparathyroïdie et de paralysie
récurrentielle bilatérale.
La thyroïdectomie totale sera systématique,
lorsqu'il existe des antécédents de
radiothérapie cervicale ou un envahissement de l'isthme mis
en évidence lors de l'examen extemporané.
Pour les cancers différenciés (papillaires et
vésiculaires), en dehors du cas précédent,
l'attitude générale est celle d'une
thyroïdectomie totale avec transplantation des
parathyroïdes en cas de dévascularisation. Sur le plan
ganglionnaire, des prélèvements systématiques
des ganglions récurrentiels et sus-claviculaires internes
sont réalisés avec extension du curage
ganglionnaire, si l'examen anatomopathologique extemporané
montre un envahissement. Lorsqu'il existe un envahissement des
tissus périthyroïdiens, la chirurgie sera
réalisée à chaque fois que cela sera possible
et s'il reste du tissu thyroïdien en place, une
radiothérapie externe est proposée. Lorsque le
cancer thyroïdien est révélée par une
adénopathie cervicale, il n'y a pas de modification de
l'attitude thérapeutique.
Pour les cancers médullaires, les curages
récurrentiels jugulocarotidiens et sus-claviculaires
bilatéraux sont réalisés de façon
systématiques avec un curage médiastinal à la
demande. Un traitement hormonal substitutif sera mis en oeuvre
mais aucun traitement par l'iode 131 et la surveillance se fera
par le dosage de la Thyrocalcitonine et de l'Antigène
Carcino-Embryonnaire.
Les cancers anaplasiques de la thyroïde sont
traités chirurgicalement à chaque fois que cela est
possible. Dans les formes inopérables, après biopsie
chirurgicale, une radiothérapie et une
chimiothérapie pourront être mises en oeuvre.
Enfin, pour les métastases à distance d'un cancer
papillaire ou vésiculaire, il est nécessaire de
réaliser une thyroïdectomie de principe afin
d'espérer les fonctionnaliser et les rendre accessibles au
traitement par l'iode 131. Ce traitement peut
éventuellement être associé à d'autres
méthodes notamment à la radiothérapie externe
et à la chirurgie.
Les récidives locales seront, si possible,
traitées chirurgicalement en association à l'iode
radioactif et à l'hormonothérapie. Lorsque la
chirurgie n'est pas possible, une radiothérapie externe
sera pratiquée.
VII. Surveillance
Pour les cancers vésiculaires et papillaires,
après thyroïdectomie totale et stérilisation
par l'iode 131 des résidus thyroïdiens, la
surveillance est essentiellement clinique et biologique. Elle sera
assurée par un examen clinique de la région
cervicale, un dosage des hormones thyroïdiennes et de la TSH
qui doit être indosable et un dosage de la Thyroglobuline
qui doit être effondrée.
Cette surveillance sera réalisée tous les 6 mois
pendant 2 ans puis tous les ans à vie, étant
donné l'évolution très lente des
épithéliomas thyroïdiens et les
récidives tardives possibles.
Si la Thyroglobuline s'élève au cours de la
surveillance, il faut réaliser une scintigraphie corps
entier à l'iode 131 après arrêt du traitement
hormonal, afin de rechercher des localisations secondaires fixant
l'iode radioactif. Celles-ci seront traitées par une dose
thérapeutique d'iode. En cas de thyroïdectomie
partielle, la surveillance clinique et hormonale est identique
mais l'élévation du taux de Thyroglobuline est moins
sensible et la scintigraphie à l'iode n'est pas
utilisable.
En ce qui concerne les cancers médullaires de la
thyroïde, l'existence de formes familiales, (environ 20 % des
cas) nécessite la réalisation systématique
d'une enquête familiale avec dosages, chez les
collatéraux et les descendants, de la Calcitonine de base
et sous Pentagastrine. Quant au patient lui-même, il sera
surveillé par un examen clinique régulier et par des
dosages de l'Antigène Carcino-Embyronnaire et de la
Calcitonine.
VIII. Pronostic du cancer de la thyroïde
L'âge influence le pronostic. La mortalité
liée au cancer augmente avec l'âge de survenue.
Le sexe sans que cela soit certain peut influer sur le
pronostic. Il semble, en effet, que le cancer soit
d'évolution plus favorable chez la femme que chez
l'homme.
L'extension locale et régionale a, bien sûr, une
valeur pronostique et ceci d'autant que le cancer est peu
différencié.
En présence de métastases, leur
propriété de fixer l'iode 131 améliore
nettement le pronostic.
Chez l'enfant, les tumeurs sont souvent très
étendues avec envahissement ganglionnaire et
métastases pulmonaires. Il s'agit en général
de cancers différenciés. Malgré l'extension
des lésions, le pronostic est relativement favorable.
Récemment, le contenu en ADN de la tumeur a
été considéré comme un facteur
pronostic, la diploïdie étant de bon pronostic alors
que l'aneuploïdie ou la multiploïdie sont de mauvais
pronostic.
Mais, le facteur essentiel est le type anatomopathologique. Les
cancers papillaires ont une survie de 92 % à 20 ans, les
cancers vésiculaires de 70 % à 20 ans, les cancers
médullaires de 60 % à 10 ans et les cancers
indifférenciés ou anaplasiques ont une survie nulle
à 3 ans.
Conclusion
Le cancer de la thyroïde a globalement un bon pronostic.
Ces dernières années, la
généralisation des méthodes de marquage
immuno-histochimique a permis une meilleure caractérisation
de ces tumeurs et une prise en charge plus adaptée des
patients.
L'iode 131 reste, chaque fois que cela est possible, le
traitement de choix des métastases. Les récidives et
métastases très tardives nécessitent une
surveillance à vie.
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