Le traitement des tumeurs infiltrantes de vessie 2011

26.9.11

Par définition, le cancer de la vessie est une tumeur histologiquement maligne, para-malphigienne dans
l’immense majorité des cas (c’est celle que nous étudions ici), donc née de l’épithélium qui revêt le réservoir urinaire ; et on intitule cancer celle qui infiltre en profondeur la couche musculaire de la vessie. Elle peut être unique ou multiple, petite ou volumineuse; toute une variété selon leur volume et leur extension en surface mais aussi leur localisation (dôme; trigone).
Au-delà de la couche musculaire, si elle s’étend, elle infiltre l’espace sous péritonéal ou, en haut, le péritoine et les organes de voisinage.
Son extension lymphatique se fait vers les ganglions iliaques puis latéro-aortiques; elle métastasie vers les poumons et surtout le foie.
Il y a donc une grande variété anatomo -pathologique mais c’est, même en 2003, un cancer qui reste
redoutable... et par son pronostic et par son traitement.
Heureusement peu fréquent, il représente 2% des décès par cancer.
On en relève 336.000 cas chaque année dans le monde contre 945.000 côlon-rectum et 1.239.000 pour le
poumon.
C’est un cancer du fumeur, donc l’espoir existe... de l’éviter.
Quelques remarques préliminaires :
Tous les chirurgiens, même non urologues, savaient qu’à 1927 et 1956, et si la cystectomie totale a eu un essor considérable quand les antibiotiques sont apparus et
pendant 10 ans, le remarquable rapport de R.
COUVELAIRE (1947) a freiné l’enthousiasme en raison de la pauvreté des résultats à 5 ans.
Aussi essayait-on souvent d’associer une exérèse partielle à la radiothérapie; les résultats, là encore, étaient mauvais.
Par ailleurs quand bien même la cystectomie bien exécutée avait quelques chances de guérir la maladie, la
dérivation qui l’accompagnait (uretères à la peau) était une infirmité difficile à supporter, en plus de
l’impuissance constante. Pourtant déjà COFFEY (1911)
(et il mérita le Prix NOBEL) avait décrit son intervention d’implantation colique des uretères, aux résultats parfois remarquables, mais aux complications connues.
Aussi continuait-on à faire des prostato-cystectomies totales chez l’homme, des pelvectomies antérieures chez la femme, de principe parfois, de nécessité le plus souvent car les tumeurs étaient volumineuses; la
dérivation étant une urétérostomie cutanée, ou un Coffey.
BRICKER imagina son opération en 1950 dérivant les uretères à la peau à travers un segment d’intestin.
R. COUVELAIRE, la même année (1950) imagina de remplacer la vessie par l’intestin; ce fut le 1er cas
mondial; il fut très peu suivi et son élève CUKIER démontra dans son rapport au 61ème Congrès Français
d’Urologie que la mortalité et la morb idité étaient rédhibitoires.
Le pronostic de ces cancers et les résultats thérapeutiques étaient si mauvais aussi ... que j’ai entendu ... à COCHIN, au cours d’une séance de la Société Française d’Urologie
le Professeur ABOULKER dire :
« De toutes les façons il n’y a rien de bon à faire pour le cancer de la vessie; est-ce vraiment utile d’essayer ? » C’était il y a une trentaine d’années.
Pourtant déjà, M. CAMEY, Chirurgien digestif plus qu’urologue, séduit par la méthode de remplacement
imaginée par R. Couvelaire s’acharna et réussit; en exécutant une cystectomie parfaite, en ayant la patience de modeler un greffon intestinal et d’y implanter les uretères avec minutie. Les succès suivirent, alors que les mauvais résultats s’accumulaient chez les autres.
Il put ainsi démontrer à R. COUVELAIRE, aux urologues français puis européens et enfin aux américains- où il reçut le pris de l’AUA- qu’on pouvait enlever une vessie cancéreuse et la remplacer par l’intestin 
Résultat extraordinaire malgré l’incontinence nocturne et l’impuissance, fréquentes sinon constantes.
Cette prostato-cystectomie suivie de remplacement ou « CAMEY procedure » devint rapidement le traitement électif d’une tumeur cancéreuse de la vessie; ce fut l’euphorie: « Publications -statistiques - Modalités innombrables du remplacement » et on peut lire dans l’introduction du rapport de Marc ZERBIB et Olivier BOUCHOT, au dernier congrès de l’AFU sur le Bien qu’élève admiratif et de mon père, qui à l’époque, a bien décrit et défendu la cystectomie totale et de mon maître R. Couvelaire, père du remplacement vésical, il
m’est apparu que cette intervention majeure, malgré ses qualités, avait non seulement des inconvénients et des complications non négligeables, voire graves, mais surtout qu’elle ne guérissait qu’une partie des cancers de la vessie.
Il nous est apparu ainsi comme évident que le « bistouri seul », c’est à dire la seule chirurgie était incapable de guérir régulièrement tous ces cancers; et les résultats, sur le plan carcinologique, ne peuvent pas être meilleurs en 1990 qu’en 1970, en 2002 qu’en 1990 en dehors d’une moindre morbidité et mortalité péri-opératoires attribuables aux progrès de la réanimation.
Ainsi avons-nous pensé que le pronostic de ces cancers ne pouvait être amélioré qu’en associant à la chirurgie la radiothérapie et la chimiothérapie.
Connaissant par la littérature certaines séries de bons résultats obtenus par la radiothérapie; au courant par ailleurs des progrès de cette dernière (meilleur centrage, moins de morbidité et de complications sur les organes de voisinage) nous avons fait précéder la cystectomie totale d’une irradiation potentialisée par une chimiothérapie concomitante.
Le « protocole thérapeutique » était donc le suivant :
1°) Résection endoscopique large de la tumeur permettant de réduire considérablement son volume et de connaître avec certitude sa nature maligne, infiltrant la musculeuse.

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